Humidité du bois de seconde transformation
Un lot conforme au départ peut être refusé à l’arrivée. Ce qui se joue vraiment, c’est le moment du contrôle, la méthode retenue et ce que dit le contrat.
L’humidité se contractualise, elle ne se constate pas
Les seuils d’humidité par destination sont largement publiés, y compris sur ce site. Ils ne suffisent pourtant pas à éviter les litiges de livraison. Un désaccord ne porte presque jamais sur la valeur à atteindre, mais sur trois questions que le contrat a omis de trancher.
- À quel moment la mesure fait-elle référence : sortie d’usine, arrivée, ou montage ?
- Avec quelle méthode, et laquelle l’emporte si deux appareils divergent ?
- Sur combien de pièces et à quels endroits, et que retient-on : la moyenne ou le maximum ?
Cette page traite ces trois questions. Pour la valeur elle-même, notre guide des taux d’humidité selon l’usage du bois donne les seuils par destination, du bois de chauffage à l’ébénisterie.
Trois moments de contrôle, trois valeurs différentes
Le NF DTU 31.2, qui codifie la construction à ossature bois, retient une humidité inférieure ou égale à 18 % au moment de l’assemblage. Cette valeur doit figurer au devis et se mesurer à la livraison. Le NF DTU 31.1 pose le même plafond pour la charpente et ajoute une exigence souvent ignorée : un écart maximal de 4 % entre deux éléments assemblés.
Le plafond de 18 % ne dit toutefois rien du moment où il s’applique. Le mémento chantier publié par le CODIFAB et l’UICB comble ce vide en distinguant trois étapes, chacune dotée d’une valeur cible et d’une valeur haute.
L’exemple des poteaux et poutres en classe de service 1
| Moment du contrôle | Valeur cible | Valeur haute |
|---|---|---|
| À l’expédition | 12 % | 16 % |
| En phase chantier | 12 % | 18 % |
| Avant second œuvre | 10 % | 13 % |
La lecture de ce tableau change la conversation commerciale. Elle rappelle aussi que le bois vit : son humidité d’équilibre suit l’ambiance du chantier, si bien qu’un lot conforme au départ peut dériver. Un lot expédié à 15 % respecte la valeur haute de sortie d’usine, sans atteindre la cible. Il reste acceptable en phase chantier, mais devient non conforme dès que le second œuvre approche. Les autres familles d’ouvrage relèvent de valeurs propres : le lamellé-collé, le CLT et le CLT nervuré font l’objet de lignes distinctes, à consulter dans le mémento.
Quelle méthode de mesure fait foi
Trois normes coexistent, et leur hiérarchie décide de l’issue d’un désaccord.
- NF EN 13183-1 : méthode par dessiccation. Pesée du bois humide, séchage en étuve à 103 ± 2 °C, pesée du bois anhydre. C’est la méthode de référence, utilisée en laboratoire et en expertise. Elle détruit l’échantillon.
- NF EN 13183-2 : estimation par résistance électrique. Non destructive, adaptée à un bois situé approximativement entre 7 et 30 % d’humidité.
- NF EN 13183-3 : estimation par capacitance. Ce procédé capacitif est lui aussi non destructif, et se prête au tri rapide d’un lot.
La conséquence pratique tient en une phrase. Les appareils de chantier estiment, l’étuve détermine. Un contrat qui ne nomme pas la méthode de référence laisse un désaccord se régler au dire d’expert, plusieurs mois plus tard. Notre guide sur la mesure de l’humidité du bois détaille les protocoles et les limites de fiabilité de chaque appareil.
Contrôler un lot à réception : ce que la fiche doit porter
Le mémento organise le contrôle en trois fiches d’autocontrôle successives : à l’expédition des éléments, à la réception sur le chantier, puis au montage avant mise hors d’eau et hors d’air. La deuxième intéresse directement l’acheteur.
Elle demande de consigner le nombre d’éléments contrôlés, le nombre de points de contrôle par élément et leur emplacement, puis les valeurs minimale, maximale et moyenne relevées, et enfin la conformité à l’intervalle acceptable convenu. Renseignée et signée, cette fiche vaut procès-verbal de réception et devient la pièce à produire en cas de contestation ultérieure. Un point distinct porte sur les protections contre les intempéries et la reprise d’humidité, ainsi que sur leur état à l’arrivée.
Aucun texte n’impose de nombre minimal de mesures, ni de règle d’échantillonnage. C’est précisément pour cela qu’il faut fixer ces éléments au contrat, avec la tolérance admise sur chaque point de contrôle. Sans quoi le fournisseur produira la moyenne de trois points favorables, et l’acheteur le maximum de dix points défavorables. Les deux auront raison.
Ce que le fournisseur a intérêt à garantir
Côté producteur, la lecture s’inverse. Livrer à la valeur haute expose à un refus dès que le chantier avance, puisque l’exigence se resserre à l’approche du second œuvre. Viser la cible plutôt que le plafond coûte quelques jours de séchoir et supprime une catégorie entière de litiges.
L’homogénéité compte autant que la moyenne, du fait de l’écart maximal de 4 % entre éléments. Un lot dont la moyenne est excellente mais qui mélange des pièces à 10 % et à 17 % ne passera pas. Cette exigence se traduit directement dans la conduite du séchoir : ventilation homogène, chargement régulier, contrôle multipoint en fin de cycle.
Le FCBA a publié plusieurs ressources sur la maîtrise de l’humidité en phase chantier, utiles pour aligner les deux bouts de la chaîne. Ces engagements se formalisent avant la commande de l’équipement. Notre générateur de cahier des charges prévoit une rubrique dédiée à l’homogénéité et aux critères de réception. Pour le contexte général du séchage en scierie, voyez notre page sur le bois d’œuvre et la scierie.
Financement du projet
Un séchoir solaire traitant des produits et co-produits forestiers relève du champ de la fiche standardisée AGRI-EQ-110. Les sciages destinés à la seconde transformation en font partie, sous réserve des conditions techniques propres à la fiche.
Ces conditions et leur référence de version figurent sur notre page consacrée à la fiche AGRI-EQ-110. L’éligibilité dépend d’un examen documentaire par l’obligé et ne s’établit pas depuis cette page.
Questions fréquentes
Quel taux d’humidité impose le DTU pour un bois de structure ?
Le NF DTU 31.2 retient 18 % au maximum au moment de l’assemblage, valeur à inscrire au devis et à mesurer à la livraison. Le NF DTU 31.1 pose le même plafond et ajoute un écart maximal de 4 % entre deux éléments assemblés.
Quelle méthode de mesure fait foi en cas de litige ?
La NF EN 13183-1, par dessiccation en étuve à 103 ± 2 °C. Les méthodes par résistance électrique et par capacitance servent au contrôle courant, pas à trancher un désaccord.
La valeur attendue est-elle la même à la livraison et au montage ?
Non. Le mémento CODIFAB distingue l’expédition, la phase chantier et l’étape précédant le second œuvre, avec pour chacune une cible et une valeur haute. L’exigence se resserre à mesure que le chantier avance.
Combien de points faut-il mesurer sur un lot ?
Aucun texte ne l’impose. La fiche d’autocontrôle demande de consigner le nombre d’éléments, le nombre de points et leur emplacement, puis le minimum, le maximum et la moyenne. Fixez ces nombres au contrat avant la première livraison.
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